Jean-Marc, pied au plancher
- Catégorie
- Y'a pas que le boulot...
- Temps de lecture
- 4 min de lecture
Scannez ce QR code pour lire l’article sur votre téléphone.
Qu’il soit derrière son écran ou sanglé dans un baquet de course, Jean-Marc garde les yeux rivés sur ses tableaux de bord. D’un côté, les indicateurs qui guident la stratégie de la SWDE. De l’autre, ceux qui affichent 7.000 tours par minute ou 300 km/heure. As du volant comme du reporting, dans un cas comme dans l'autre, il pilote en fait la performance.
Jean-Marc a concrétisé un rêve de gosse : piloter des voitures de course. Sa vocation est pourtant née dans un univers qui n’avait pourtant rien d’un paddock. « Je n'avais pas un père ni un oncle garagiste qui auraient pu m'initier à la mécanique. Mes parents n'avaient pas non plus les moyens pour me lancer sur les circuits de karting. Moi, je viens d’une famille modeste. La voiture la plus rapide qu’on ait eue, c’était une 2 CV Charleston ! »
À peine entré dans la vie active, Jean-Marc passe la seconde. « Quand j’ai eu les moyens, j’ai tout fait en condensé. J’ai sauté l’étape karting pour me lancer directement en Formule Ford. Je me suis entraîné comme un forcené avant de disputer mes premières courses à 22-23 ans ». Il achète une monoplace, la bricole le soir avec un ami mécanicien.
Une vie à 100 à l'heure
La Formule Ford 1600 cc devient son premier terrain de jeu. Une école rude, exigeante, où chaque erreur se paie cash. Pourtant, Jean-Marc progresse vite. Très vite. Au point de passer rapidement à la catégorie SuperFord (2000 cc), le niveau supérieur. Il se souvient de ce rythme fou : « Je disputais les championnats d’Allemagne et de France. Le soir, on bricolait la voiture. Le jeudi, on la chargeait sur la remorque et on roulait de nuit pour être sur le circuit dès le vendredi matin pour les essais libres. Le samedi, qualifications. Puis la course, le jour même ou le dimanche. On repliait tout… et retour en Belgique pour être au bureau le lundi matin ».
À 25 ans, Jean-Marc passe un nouveau cap : les prototypes style « 24 Heures du Mans ». Catégorie impitoyable. Territoire partagé par des amateurs très doués et des semi-professionnels. Là encore, il surprend. Il enchaîne les bons résultats. Son nom circule dans le milieu. Mais la performance a un prix : « Pour rouler dans ce type de course, il fallait de gros moyens. Les sponsors m’aidaient, mais je devais quand même compléter le budget ».
En trente ans de course, ma passion m’a coûté le prix d’une très belle maison

Sur la route du Mans
Jean-Marc trouve une parade ingénieuse. Il se tourner vers l’endurance. « Dans ce type de course, nous sommes plusieurs pilotes pour une seule voiture. Les frais sont répartis. Et puis chaque pilote ne contribue pas de la même façon. Les plus rapides paient moins parce qu’ils permettent à l’écurie de performer. J’avais la chance de faire partie de cette catégorie ».
Les chiffres donnent le tournis. Pour une saison de huit courses, Il faut compter environ 800.000 €. Un train de pneus coûte 1.500 € pour 1 h 30 de pilotage. La voiture consomme 80 litres d’essence spéciale par heure, à 2,50 € le litre. Et il faut encore payer ingénieurs et mécaniciens. Un sport passion. Et un sport business. Mais la récompense, elle, n’a pas de prix.

En endurance, Jean-Marc rejoint de grandes écuries. Il enchaîne les circuits mythiques sur lesquels il use la gomme avec bonheur : Imola, Magny-Cours, Monza, Zandvoort, Spa, Zolder, Hockenheim… Bon an, mal an, il passe près de quarante week-ends loin de la maison.
Puis vient la consécration. Le rêve absolu. Participer aux 24 Heures du Mans. « Avec le team Aston Martin GT, j’ai eu l’occasion de rouler durant la course de prologue de la compétition. Pas la course principale, réservée aux pros, mais j’ai quand même passé 24 heures dans le même box qu’Alonso ! »
Moins de bitume, plus de poussière
Le gamin à la 2 CV Charleston venait d’atteindre le Graal. Aujourd’hui, à 55 ans, Jean-Marc n’a rien perdu de sa passion, mais il a changé de terrain de jeu : « J’ai un peu fait le tour des circuits. J’avais envie d’autres sensations. En rallye, tout change tout le temps : l’adhérence, la météo, les trajectoires. C’est de l’impro permanente. Sur circuit, vous répétez les mêmes tours pendant des heures ».
Honnêtement, je préfère me planter à 300 km/h sur un circuit qu’à 150 km/h sur une route de rallye. C’est moins casse-gueule !
Le coût aussi change drastiquement. Un week-end de rallye revient au prix d’une heure d’endurance. Puis il y a la relation avec le copilote. « Durant deux jours, on vit une vraie complicité. C’est ça qui me plaît ». Aujourd’hui, il s’essaie dans les rallyes belges : Boucles de Bastogne, Rallye de Trois-Ponts, etc.
Même s'il a un peu décéléré, Jean-Marc nourrit encore de beaux projets. Avec un vieux pote, ils viennent d'acheter une Porsche de 1971 pour participer à des courses historiques. Plus tard, ils envisagent un rallye-raid en plein désert. Affaire à suivre...
