Jean-Michel, maître des mondes imaginaires

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Jean Michel jeuxsderole
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Le dimanche, beaucoup lèvent le pied. Jean-Michel, lui, en profite pour ouvrir des portes imaginaires derrière lesquelles se terrent des armées de gobelins, des vampires punk ou des sans-culottes de la Révolution française. Dans ces mondes, un jet de dés peut décider du destin d'un groupe.

Presque chaque dimanche depuis plus de quarante ans, Jean-Michel, le responsable du BAT à Couillet, mène une vie parallèle : celle d'un passionné de jeux de rôles. Une aventure commencée au début des années 80, lorsque Donjons & Dragons débarque des États-Unis et révolutionne les soirées de milliers d'adolescents. Depuis, les dés roulent toujours. Et les folles histoires imaginaires aussi.

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Donjons & Dragons

« J'ai commencé à jouer à 15 ans. Et 45 ans plus tard, je m'amuse encore, se réjouit-il. Ma génération a dévoré Tolkien, Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit. Nous étions fascinés par les univers que proposait l'Héroic Fantasy ».

A la même époque, deux Américains surfent sur cette vague et inventent Donjons & Dragons, le tout premier jeu de rôle sur table officiel. Une boutique spécialisée ouvre à Liège et les passionnés (principalement des ados) s'y précipitent comme des chercheurs d'or. « Les premières versions étaient en anglais. On a acheté les livres. Le concept nous a séduit d'emblée. Et, finalement, combattre des dragons nous a aussi permis d'améliorer notre anglais ».

Le maître du jeu tire les ficelles

Le principe paraît simple. Mais il ouvre des galaxies. Un maître du jeu imagine un scénario dans un univers précis : médiéval fantastique, science-fiction, horreur, enquête historique ou ambiance Lovecraft. Face à lui, les joueurs incarnent des personnages.

Le maître du jeu décrit une situation : un couloir plongé dans le noir, une porte verrouillée. Aux joueurs d'imaginer la suite. Leur cerveau s'emballe. Ils proposent une action : allumer une bougie, ouvrir la porte en crochetant la serrure... Ils lancent les dés et, selon le résultat, l'histoire progresse ou prend un autre tournant dans lequel ils embarquent leurs personnages.

Chaque partie ressemble à un film dont les acteurs improvisent le scénario au fur et à mesure. Il existe un fil conducteur, mais les rebondissements naissent souvent d'un simple lancer de dés

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Jean-Michel, responsable BAT, Couillet

Après ses études, Jean-Michel rejoint le club de jeux de rôle de Braine-l'Alleud... qu'il fréquente toujours aujourd'hui. Depuis 41 ans, une vingtaine de passionnés s'y retrouvent presque chaque dimanche après-midi. Deux tables, deux maîtres du jeu, une dizaine de joueurs et des campagnes qui peuvent durer plusieurs mois. « Les rôles tournent. Après 3 parties comme joueur, chacun peut devenir maître du jeu. Une mécanique collective, presque artisanale.

Au fil du temps, les discussions ont changé autour de la table : « Au début, on parlait de nos études. Puis de nos mariages. Ensuite de nos enfants... et maintenant du mariage de nos enfants ». Les dés ont vu passer les décennies et les moments de vie des membres du club.

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Un dimanche après-midi au club Lords of Darkness de Braine l'Alleud

Quand l'Histoire rencontre l'intelligence artificielle

Jean-Michel affectionne particulièrement les scénarios historiques. L'une de ses toutes dernières campagnes a plongé les joueurs en pleine Révolution française. « Pour quatre heures de jeu, il faut parfois plusieurs heures de préparation. Je lis, je vérifie les faits, je m'imprègne de l'époque. C'est un peu comme un professeur qui prépare son cours ».

Chaque année, à l'occasion de l'assemblée générale du club, les futurs candidats maîtres du jeu présentent les univers qu'ils vont animer. Dragons, vaisseaux spatiaux, enquêtes... chacun choisit ensuite sa prochaine aventure.

Récemment, Jean-Michel a surpris tout le monde avec un personnage de vampire punk. Grâce à l'intelligence artificielle, il a créé un véritable concert projeté pendant la partie : « Le personnage chantait, les images défilaient sur écran... L'immersion était incroyable. Ça a apporté une dimension totalement nouvelle à notre façon de jouer ».

Pour quatre heures de jeu, il faut parfois plusieurs heures de préparation. Je lis, je vérifie les faits, je m'imprègne de l'époque. C'est un peu comme un professeur qui prépare son cours

Longtemps considéré comme un loisir de niche, le jeu de rôle connaît aujourd'hui un véritable renouveau, notamment grâce à la série Stranger Things, qui a remis Donjons & Dragons, pur produit des années 80, sous les projecteurs des années 2020.

« Après la série, nous avons reçu beaucoup plus de demandes. Les jeunes aiment beaucoup ces univers fantastiques qui les font rêver … un peu comme moi il y a 40 ans », se souvient-il avec amusement. Son conseil à ceux qui hésitent ? Pousser la porte d'un club et essayer. Car autour d'une table de jeu, on ne trouve pas seulement des règles, des figurines ou des dés. On découvre surtout le plaisir d'inventer des histoires ensemble. Et parfois, sans même s'en rendre compte, on tisse des amitiés qui durent toute une vie.