Plus une goutte pour les Loups - Épisode 2

Plus une goutte pour les Loups - Épisode 2

Plus cette fin d’année 2008 s’approche, plus l’inquiétude va grandissant au sein des équipes Production de la zone Ouest. Au lendemain de Noël, le thermomètre plonge sous les 0°. Le froid et le gel s’installent durablement. Les débits de nuit anormaux de certains réseaux annoncent le pire. Région critique : La Louvière. Et le pire est arrivé...

Aux aguets depuis plusieurs jours, Michel Pingaut et Laurent Dubois se retrouvent plongés dans l’œil du cyclone. Le premier est, à l’époque, directeur adjoint de la succursale de la Haine (Mons). Le second est l’ingénieur responsable du centre d'exploitation de La Louvière, Nous sommes le dimanche 11 janvier. La situation vient de prendre un tour très inquiétant.

L'épisode 1

Michel réveille les souvenirs : «Ce dimanche là, Jean-Christophe Lassoie, mon directeur de succursale tente de me joindre par téléphone. Je suis surpris car ce n’est pas son genre d’appeler pour un oui ou pour un non. Son message est aussi clair que catégorique. Il me demande de rallier d’urgence La Louvière. Sans autre explication ! Comme je rentrais d’une balade en VTT, j’ai juste le temps de me changer et de sauter dans ma voiture. Laurent est déjà sur place. Nous dressons un premier bilan de la situation avec les équipes.»

Le constat n’est pas brillant. Les ouvrages sont dans le rouge. Immanquablement, les Louviérois n’allaient pas tarder à être privés d’eau.

Michel Pingaut
Michel Pingaut , Ingénieur Investissements - Mons

Le lendemain, la situation ne s’améliore pas. Les autorités publiques sont alertées. Devant l’imminence de la crise, Jacques Gobert, le bourgmestre de La Louvière décide d’organiser une réunion d’urgence avec les forces vives de la région. Convoqués dans les locaux de la maison communale, nos deux ingénieurs sont invités à présenter un topo de la situation.

Laurent repense souvent à ce moment. Il ne l’a pas très bien vécu : «Nous n’en menions pas large. Toutes les instances communales, provinciales et régionales étaient là. Il y avait même un médecin militaire et des représentants de la Protection civile. Tous n’avaient qu’une question à la bouche : les habitants de La Louvière allaient-ils être privés d’eau ? Et le cas échéant, pour combien de temps ? Nous n’avions malheureusement pas de boule de cristal. Nous étions incapables de leur répondre. »

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Laurent Dubois (au centre): "Nous n'en menions pas large"

Face à cette crise dont sont victimes ses citoyens (33.000 foyers sans eau tout de même !), un major de la Défense nationale, dont dépend la Protection civile, demande alors à voir rapidement Éric Van Sevenant, le Président du Comité de Direction. « Laurent compose son numéro, raconte Michel qui en rit aujourd’hui. Il me tend le téléphone. Tu lui expliqueras mieux la situation que moi, me dit-il... »

Le soir était tombé. Je me souviens qu'Éric Van Sevenant me demande si c'est vraiment nécessaire qu’il vienne. Je lui réponds : je crois que ça vaut mieux ! 

Des fuites, toujours des fuites, encore des fuites

Au centre d’exploitation de La Louvière, les jours qui suivent sont particulièrement mouvementés. Toutes les équipes disponibles sont envoyées sur le terrain pour réparer les fuites sur les conduites et les raccordements.

« Il faut savoir que la grande majorité de notre réseau a été mis en place durant la première moitié du XXe siècle, nous explique Michel Pingaut. La plupart des raccordements sont en fonte grise. Ce matériau est particulièrement cassant. Comme la zone de La Louvière est située sur d’anciennes mines de charbon, les mouvements de terrain sont fréquents et peuvent provoquer des dommages au réseau, notamment en période de gel et de dégel. »

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"Lorsqu’une fuite était réparée, deux autres se déclaraient ailleurs"

Laurent Dubois complète : « Quand on connait un peu la région du Centre, on imagine l’ampleur de la tâche. De Houdeng à Haine Saint-Paul, la route est longue et les habitations se succèdent. Lorsqu’une fuite était réparée, deux autres se déclaraient ailleurs. Le travail était harassant. Comme une grande majorité du territoire wallon rencontrait également des problèmes d’alimentation liés au gel, les autres centres d’exploitation étaient sur la brèche et ne pouvaient venir nous aider.»

Comme souvent à la SWDE, l’engagement des équipes et des sous-traitants a été exemplaire. Tous ont répondu à l’appel sans rechigner et se sont donnés sans compter. Il a même fallu freiner l’ardeur de certains et leur imposer des temps de repos.

Laurent Dubois
Laurent Dubois , Ingénieur d'exploitation – Mons & La Louvière

Pour permettre la détection et la réparation plus rapide des fuites, les équipes de fontainiers ont été contraints de fermer les vannes pour isoler des rues entières. Pendant plusieurs jours, les habitants de ces quartiers “sacrifiés” ont été privés d’eau courante.

Laurent justifie la manœuvre: « Il fallait que les ouvrages se remplissent à nouveau pour pouvoir injecter de l’eau dans le réseau et mesurer les variations de débit, cellule après cellule. À vrai dire, si nous n’avions pas procédé de la sorte, nos clients n’auraient de toute façon pas pu bénéficier d’eau au robinet. Nous avions cependant des priorités comme l’hôpital Tivoli. Il devait être alimenté. »

Tous concernés

La mobilisation a été générale. Au sein de la SWDE, bien sûr pour solutionner au plus vite cette situation totalement inédite. Les autorités publiques ont mis les moyens pour organiser et orchestrer la distribution d’eau potable à des milliers de citoyens. Les habitants des zones les plus touchées n’ont jamais cessé d’encourager nos équipes sur le terrain (plus de détails dans l’épisode 3). La presse et les journaux ont été un relais appréciable pour rendre compte de la situation au jour le jour. Les médias télévisés ont même organisé des directs sur place.

« Je dois avouer qu’une telle situation ne nous était jamais arrivée… et n’est d’ailleurs plus jamais arrivé par la suite, conclut Michel. Il a fallu faire preuve de solidarité et d’inventivité pour trouver les solutions aux problèmes qui s’accumulaient. Lorsqu’une coupure d’eau dépasse les 8 heures, la SWDE a l’obligation de fournir de l’eau potable, via notamment la distribution de berlingots. Grâce à une excellente collaboration avec les autorités communales et provinciales, nos équipes n’ont pas eu se charger de cette mission. Nous n’aurions pas pu de toute manière… »

Je veux encore connaître la suite !