Purges réseau : la très bonne idée... encore sous-exploitée
- Catégorie
- Nos métiers
- Temps de lecture
- 6 min de lecture
Scannez ce QR code pour lire l’article sur votre téléphone.
Les purges sont incontournables pour renouveler l'eau qui stagne en bout de conduite. Il suffit de quelques tours de clé pour ouvrir les vannes. Mais pour combien de temps ? Et combien de litres faut-il laisser couler ? Bien souvent, beaucoup trop. Il existe pourtant une solution anti-gaspi qui fait gagner du temps et réduit les pertes d'eau : les purgeurs automatiques. Certains sont déjà en fonction. Reste à les multiplier...
Dans un réseau comme le nôtre étalé sur près de 40.000 kilomètres de canalisations, les impasses et les rues en cul de sac sont nombreuses. Dans ces bouts de conduite, l'eau y circule très peu.
Quand le débit devient trop faible, les effets ne tardent pas à apparaître au robinet des riverains : une eau qui se colore, un goût ou une odeur inhabituelle, voire un risque de développement microbiologique ou des variations de température.
Les purges permettent d'évacuer la « vieille » eau stagnante et de maintenir une qualité irréprochable, y compris dans ces zones plus « isolées » du réseau.
Le constat - La grande majorité de ces purges nécessite toujours une intervention humaine. Sur l'ensemble du territoire de la SWDE, on dénombre environ 1.500 points du réseau où l'eau doit être régulièrement renouvelée.

Concrètement, un fontainier se rend sur place, ouvre la vanne... et attend, sans toujours savoir précisément quand la purge peut être arrêtée. Parfois il revient quelques heures plus tard, voire le lendemain pour stopper l'écoulement. Dans certains centres de maintenance, cette tâche peut mobiliser jusqu’à la moitié du temps d’un fontainier ! Avec, au bout du compte, à l'échelle de la société, un gros gaspillage cumulé :
- de temps avec ces fontainiers (im)mobilisés par des manœuvres sans grande valeur ajoutée
- de carburant si l'on additionne tous les allers et retours nécessités par toutes les purges systématiques
- d'eau si l'on tient compte de tous ces volumes d'eau dont on ne maîtrise pas le débit et qui sont rejetés dans la nature.
Quand les purges se font toutes seules
La solution - En fait, elle existe déjà. Ils sont là, disséminés un peu partout, plic ploc sur le réseau. Et ils ont déjà montré toute leur efficacité. Il s'agit de purgeurs d'eau automatiques.
Les premiers qui ont été installés de manière permanente font suite à des réclamations récurrentes de familles habitant en bout de réseau, lassées par la dégradation régulière de la qualité de leur eau. Comme ce producteur de fraises 🍓de Ath qui appelait deux à trois fois par semaine les équipes du centre de maintenance pour venir renouveler l'eau de son réseau. « Quand on lui a dit qu'on allait installer un purgeur automatique pour solutionner de manière durable son problème, il ne nous a pas cru, explique Olivier, le chef du centre de maintenance de Ath. Quinze jours plus tard, il nous a appelés pour nous remercier. Depuis, je n'ai plus jamais envoyé un fontainier sur place pour aller purger ».
Depuis que nous avons installé le purgeur automatique dans la rue de ce producteur de fraises, nous gaspillons beaucoup moins d'eau pendant les purges. Nous maîtrisons les quantités nécessaires à la garantie d'une eau conforme. Et aussi, nous gagnons du temps en déplacements
Placés sur des points stratégiques du réseau, ces appareils de purge permettent en fait de déclencher automatiquement l'évacuation de l'eau, selon des paramètres définis à l’avance : fréquence, durée, débit. Les volumes d'eau ainsi évacués sont ajustés au besoin réel, uniquement lorsque c’est nécessaire, sans déplacement systématique, et sans mobilisation inutile des équipes.
Alors, il est où le problème ? - Ces trois dernières années, nous avons fait l'acquisition de ± 80 appareils. Une majorité est aujourd'hui en service dans des zones sensibles où l'eau doit être renouvelée très fréquemment. Les autres sont restés un temps sur les étagères de certains centres de maintenance, alors qu’ils auraient pu être utilisés plus rapidement.
Faute de stratégie d’achat structurée et de mise en concurrence, le coût de ces équipements reste élevé (± 900 € pièce). Leur déploiement, lui aussi, s’est fait sans vision globale. Les purgeurs ont été placés là où l’urgence se faisait sentir, sans plan d’ensemble. Résultat : beaucoup n’étaient pas repris dans le SIG, et leur localisation n’était pas toujours connue avec précision. Depuis, la situation a été corrigée grâce à une initiative terrain relayée via la plateforme Nos idées ont de la valeur.
Autre point d’attention : le suivi des équipements. Jusqu’à présent, aucun plan de maintenance n’était défini pour ces appareils fonctionnant sur batterie. Sans suivi structuré, le risque est réel de voir certains purgeurs tomber en panne après quelques années… et de perdre progressivement leurs bénéfices.
Même constat pour le monitoring à distance : les possibilités existent, mais elles n’étaient pas exploitées.
Tous ces éléments ont été analysés. Et aujourd’hui, on avance : les derniers purgeurs en stock sont en cours d’installation ou déjà planifiés.

Pourquoi c'est important ? - Bien sûr, chaque purge non maîtrisée, c’est de l’eau perdue, du temps mobilisé et des déplacements évitables. Mais au-delà de ce constat, structurer le recours aux purgeurs automatiques ouvre des perspectives bien plus larges :
- une meilleure maîtrise des purges : les paramètres peuvent être ajustés à distance, en fonction des besoins ou des situations rencontrées sur le réseau. Les interventions peuvent être programmées aux moments de faible consommation (pendant la nuit), limitant leur impact (baisses de pression ou de débit) pour les clients.
- une qualité de service améliorée, en réduisant les non-conformités en bout de conduite et les plaintes qui en résultent
- une réponse à la pénurie de main d'oeuvre dans certains centres de maintenance en libérant les fontainiers de la charge répétitive liée aux purges systématiques.
- l'anticipation de certains risques, comme le gel et les bris de conduite en bout de réseau, grâce à une sonde de température capable de déclencher automatiquement les purges dès que le thermomètre approche de 0°, évitant ainsi que l’eau ne se fige.
Les purgeurs d’eau automatiques permettent de gagner beaucoup de temps sur les interventions, de limiter les déplacements des équipes et de mieux maîtriser les volumes d’eau purgés selon les conduites. Le suivi à distance est également un vrai plus pour le pilotage.
Et maintenant ? - Les tests sont concluants, les bénéfices sont connus, et les retours terrain sont sans appel. L’amélioration continue a permis de démontrer toute la pertinence du recours aux purgeurs. Reste désormais à transformer l'essai : passer d’initiatives ponctuelles à une approche structurée, à l’échelle des quelque 1.500 points du réseau qui nécessitent une purge régulière
Car derrière cette “très bonne idée”… se cache un potentiel qui ne demande qu'à être pleinement exploité.