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Sécheresse : quand les réservoirs se vident, nos têtes restent bien pleines !

Sécheresse : quand les réservoirs se vident, nos têtes restent bien pleines !

Beaucoup d’entre nous ignorent le casse-tête auquel doivent faire face les équipes de la Production et de la Distribution quand, en période prolongée de canicule, les châteaux d’eau se vident au fur et à mesure que les piscines se remplissent… A Sirault, dans le Hainaut, les équipes de Pierre Herman (Production zone Ouest) ont trouvé une idée originale pour réduire les risques d’interruption de l’approvisionnement en eau. Et les coûts !

Figure-1_Sirault
Quelle est donc cette immense bâche que l’on déploie devant le château d’eau de Sirault ?

Il est vrai que ce début juillet n’est pas spectaculaire. Les températures n’explosent pas comme ces derniers étés ! Mais c’est vite oublier que les mois de mai et de juin nous ont réservé plusieurs journées de grand beau temps. Et, comme toujours en pareille circonstance, tout le monde en profite pour remplir la piscine, installer le jacuzzi ou arroser le jardin en abondance. Ces consommations beaucoup plus élevées que la normale entraînent irrémédiablement des problèmes de remplissage de certains ouvrages. Notre château d’eau de Sirault (200 m3) a ainsi subi de plein fouet les aléas de cette ruée vers l’eau.

Comme les tirages d’eau effectués en journée par nos clients étaient nettement supérieurs à la normale, notre château d’eau se vidait plus vite qu’il ne se remplissait.

Pierre Herman
Pierre Herman , Ingénieur d’exploitation Production Mons

En bout de lignes

Il faut savoir que l’ouvrage est situé en bout de ligne de chacune de ses deux sources d’approvisionnement : la station de pompage de Blaton d’un côté et celle de Erbaut-Herchies de l’autre côté (voir infographie). Tous les ouvrages de stockage et tous les réseaux qui se trouvent en amont sont logiquement servis en premier. Résultat, quand ça chauffe, le château d’eau de Sirault, qui est tout au bout du parcours, n’est plus alimenté durant la journée. Et quand les 200 m³ disponibles sont épuisés, l’alimentation en eau potable des ménages de la commune devient problématique.

schema-chateau-d-eau-Sirault

Des allers-retours coûteux

« Pour éviter les ruptures d’approvisionnement, nous avons été contraints de faire appel à une société extérieure pour remplir le château d’eau en continu avec des camions citernes 27 m3, souligne encore Pierre Herman. Les camions ont dû effectuer de nombreux allers-retours entre notre station de Gaurain et Sirault. Et comme ce type d’opération s’avère être particulièrement coûteux, nous avons réuni en urgence tous les membres de l’équipe pour trouver des solutions de remplacement plus acceptables ».

Figure-2_Sirault
Figure 2 – Le ballet des camions citernes est une alternative particulièrement coûteuse

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Eurêka

Aussi dit, aussitôt fait ! Et ça cogite... En réunion, lors des repas ou des trajets sur le terrain. La solution vient alors de Laurent Sautier, l’un des analystes hydraulique & télégestion de l’équipe : « Nous pourrions recourir à une citerne souple pour doubler la capacité du château d’eau » !

Je me suis souvenu avoir utilisé cette technique lors de travaux de recoupe. Les clients, qui n’ont jamais cessé d’avoir de l’eau à leur robinet, n’y avaient vu que du feu !

Laurent Sautier
Laurent Sautier , Analyste hydraulique & télégestion

L’équipe a le feu vert pour acheminer et monter sur place la structure. Les collègues du centre d’exploitation de Frameries apportent leur pierre à l’édifice. Ils aplanissent le terrain au pied du château d’eau avec des engins et recouvrent la zone de poussier afin d’accueillir la bâche de 20 mètres sur 10.

En une demi-journée, l’affaire est conclue. La bâche se remplit pour former un réservoir d’une contenance de 250 m³. Une pompe le reliant au château d’eau est branchée.

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François Dervaux et Benjamin Lessene (TIP Gaurain-Ramecroix) préparent le remplissage du réservoir souple
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La bâche se remplit via des tuyaux souples reliés au château d’eau

Distribution garantie

« Nous avons ainsi pu doubler la capacité de notre réserve en eau, se réjouit Pierre. Nous sommes ainsi passés d’une capacité de 200m3 à 450m3 ».

Et si le château d’eau doit par exemple faire face à un pic inattendu de consommation, il peut désormais assurer l’approvisionnement durant toute la journée. Comme les réserves se renouvellent de nuit, les consommateurs ne subissent aucune coupure d’eau.

« Cette solution reste provisoire car nous devons jongler en permanence avec les transferts d’eau de la citerne vers le château d’eau. L’eau contenue dans la citerne souple doit impérativement circuler pour rester de bonne qualité. Malgré tous ces aléas techniques, la solution s’avère beaucoup moins coûteuse que le recours aux camions citernes. Elle permet également de soulager les hommes qui doivent au minium assurer une présence sur site, quels que soit l’heure et le jour de la semaine ».

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Ce type de solution inventive est beaucoup moins coûteux que le recours aux camions citernes.