Anne-Françoise, dessinatrice au bureau d'études
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Sous ses crayons ou sur ses écrans, Anne-Françoise trace des chemins que personne ne verra. Ses plans élaborés pendant des mois dessinent le passage des conduites sous les routes, les ponts ou les rivières. Un travail de précision, d’anticipation et de recherche de solutions, où l’expérience compte autant que l’imagination.
Ce photoreportage ne reflète bien sûr pas l'ensemble des missions dévolues aux dessinateurs du bureau d'études spécialisés, comme Anne-Françoise, dans le tracé des conduites d'adduction ou de distribution. Il n'en offre qu'un aperçu, saisi au fil d'une journée choisie au hasard. Voici comment elle s'est déroulée...
7h19

Plusieurs fois par semaine, Anne-Françoise prend le train pour rejoindre le bureau d'études (plus communément appelé le BE) à Verviers. Fille d’une infirmière et d’un représentant commercial, elle ne semblait pas destinée aux métiers techniques. Mais le dessin la passionne depuis l’enfance. À l’Institut Saint-Laurent de Liège, la section travaux publics s’impose alors naturellement. Elle y sera la seule fille de sa promotion…
8h39 - au bureau

Ses plans défilent sur les moniteurs comme les pages d'un roman que seuls des ingénieurs, des surveillants de travaux et des entrepreneurs sauront lire. Depuis 1993, Anne-Françoise partage son temps entre les repérages sur le terrain (40%) et la réalisation des plans au bureau (60%) qui serviront de base aux adjudications pour la pose de nouvelles conduites (60%). Quand on lui demande de définir son métier simplement, elle sourit et répond : « Je dessine le parcours des conduites qui emmèneront l'eau de là à là ». Difficile de faire mieux.
8h49

Local d'impression (Verviers). Le scanner géant avale un papier indéchirable et imperméable, jusqu'à un mètre de large, plusieurs mètres de long. Les plans en sortent pliés. Anne-Françoise a connu les tables à dessin, le papier calque, le crayon et le Rotring. Tout cela a disparu. Aujourd'hui, elle maîtrise des outils numériques complexes, visualise des concepts en trois dimensions, saisit les contraintes mécaniques, techniques et économiques des projets. Les logiciels de dessin se sont imposés à elle, au fil de formations à Bruxelles, Gand et Anvers, si bien qu'aujourd'hui elle en est la référente au bureau.
8h53

Avec Miora, l'une des ingénieures de son service, Anne-Françoise règle les derniers détails d’un projet de conduite à Charleroi et tente de localiser une conduite « mystère ». Depuis la mise en œuvre du Schéma régional des ressources en eau, dessinateurs et ingénieurs travaillent plus étroitement. « Nous avons besoin les uns des autres, à parts égales, pour réussir les projets », résume-t-elle.
Ingénieur & dessinateur, le duo gagnant14h09 - sur le terrain

Namur. Anne-Françoise et Noé, un autre ingénieur du service se retrouvent avenue des Croix-de-Feu. « Le rôle du dessinateur, c'est d'être les yeux de l'ingénieur. À moi les métrés, à lui le cahier des charges. Faut-il des permis, des autorisations spéciales ? Comment passer des ruisseaux, des ponts, des autoroutes, des voies de chemin de fer, des égouts ? Il faut calculer toutes les étapes de franchissement, et il y a de plus en plus de choses dans le sol. On ne peut jamais dire : c'est impossible. Il faut trouver des solutions et rendre le passage de la conduite possible. Un point c'est tout ».
Il faut calculer toutes les étapes de franchissement, et il y a de plus en plus de choses dans le sol. On ne peut jamais dire : c'est impossible. Il faut trouver des solutions et rendre le passage de la conduite possible. Un point c'est tout
14h21

Michel, le dessinateur binôme d'Anne-Françoise, les rejoint avenue de Waterloo. Sur le terrain, ils sont toujours deux, c’est une règle de sécurité. Dans le trafic ou le long des autoroutes, si l'un prend des mesures, l'autre veille.
15H04

Sur place, l’ingénieur peut visualiser les passages les plus délicats des canalisations à poser et valider les solutions proposées. L’expérience d’Anne-Françoise prend alors tout son sens : certains détails du terrain, invisibles sur un plan, peuvent changer la donne. Les mesures permettent de les identifier et d’éviter bien des erreurs. Pour les traversées de routes nationales comme ici, il faudra soumettre le projet pour accord au SPW.
15H47

Un pont, quatre voies, deux routes qui se superposent, un égout, une nuée d’impétrants : rien n’est simple ici. Une fois le tracé arrêté et les mesures des géomètres obtenues, il faut encore vérifier que le projet s’accorde avec la réalité du terrain. Et parfois, l’écart est considérable : ici, le plan avec lequel Anne-Françoise a travaillé date de 1953. De nombreuses modifications n’y ont jamais été reportées.
16H29

Pour faciliter le travail des entrepreneurs, Anne-Françoise devra quand même reporter sur l'ancien plan les nouveaux appareils qu'elle a identifiés sur le terrain. Une fois les travaux terminés et le plan as built remis par l'entrepreneur, elle encodera les modifications dans notre logiciel SIG (Système d'informations géographiques) pour le mettre à jour.
16H44

Passage obligé par une cavette de raccordement. Anne-Françoise y a vérifié et repéré les installations existantes. Même dans les endroits les plus exigus, son œil traque le moindre détail utile au projet.
17H03

Noé et Anne-Françoise compilent les informations récoltées sur le terrain : mesures, notes et photos. Tout sera utile pour préparer le chantier : établir les métrés, prévoir les mesures de sécurité, obtenir les permis et identifier les difficultés, comme ces deux tunnels d’égout à franchir. Jusqu’au matériel nécessaire, des coudes aux vannes en passant par le tarmac, les gaines et les filets, tout doit être anticipé.
17h12

Petite visite chez des riverains dont une partie du terrain pourrait être concernée par le passage de la future conduite. Anne-Françoise apprécie ces échanges avec les habitants, qui peuvent parfois détenir des informations précieuses. Comme cette ancienne ligne de tram enfouie sous le tarmac, dont elle n’aurait peut-être pas trouvé la trace sur les plans. Une dernière rencontre qui rappelle que, sur le terrain, les habitants aussi ont leur mot à dire.