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Au secours des poissons de nos rivières

Au secours des poissons de nos rivières

Chaque jour, les médicaments que nous consommons sont rejetés dans les cours d’eau et contaminent le milieu aquatique. Quel rapport avec la SWDE ? En fait, dans le cadre d’un projet européen, notre laboratoire trace depuis quatre ans les différentes substances médicamenteuses retrouvées les eaux de la Meuse et de ses affluents. Leurs analyses contribuent à mesurer l’impact de cette pollution invisible sur la santé de nos poissons... Et sur la nôtre, une fois qu’ils atterrissent dans nos assiettes !

Que deviennent les médicaments que nous ingurgitons ? Le parcours est simple : ils se déversent dans les égouts et sont ensuite acheminés vers les stations d’épuration, rarement conçues pour éliminer ces molécules. Ce cocktail chimique finit donc dans nos rivières et... dans l’estomac des poissons.

[Vidéo] Comment les médicaments polluent l'environnement ?

Notre laboratoire, à la pointe de l’analyse chimique

Actif dans le projet européen DIADeM, notre laboratoire participe pleinement à diagnostiquer les conséquences du mélange de 5 médicaments que nous consommons fréquemment – le paracétamol (contre la douleur et la fièvre), l’irbesartan (contre l’hypertension), le diclofénac (anti-inflammatoire), le naproxène (anti-inflammatoire) et la carbamazépine (notamment pour les traitements épileptiques) – sur différentes espèces telles que la truite ou la moule zébrée.

Grâce au savoir-faire de nos techniciens sur des équipements à la pointe, nous pouvons détecter des concentrations de l'ordre du nanogramme, soit la trace que laisserait un comprimé de paracétamol dans un volume d'eau équivalente à 200 piscines olympiques !

Katherine Nott
Katherine Nott , Chercheuse (Cellule chimie organique)

En plus de mesurer la quantité de résidus dans l'eau, l’équipe cherche également à identifier les effets de ce « cocktail médicamenteux » sur des espèces modèles.

Premiers constats

D’autres types de micropolluants (tels que les pesticides) polluent nos cours d’eau. Pour étudier uniquement l’impact des médicaments, les expérimentations sont réalisées en aquarium mais aussi en rivières artificielles, dans un contexte qui s'approche le plus possible la réalité naturelle. Les espèces étudiées ont aussi été placées dans des cages directement dans les rivières pour voir l’effet du cocktail de molécules présents.

Les veilleuses de la qualité d'eau

Après quatre ans de recherche, les premiers résultats sont plutôt rassurants. En conditions contrôlées de laboratoire et quel que soit le niveau de concentration (jusqu’à 100 fois la concentration environnementale), aucun effet significatif du cocktail de médicaments n’a été observé sur l’épinoche, une des deux espèces de poissons étudiées, que ce soit au niveau de la mortalité, de la croissance, de l’immunité ou de la reproduction. Autre bonne nouvelle : aucun impact non plus n’a été constaté sur la truite, la mousse, la moule et le gammare aux concentrations généralement retrouvées dans l’environnement.

En savoir plus sur le projet DIADeM

Par contre, à des teneurs plus élevées, de l’ordre de 10 à 100 fois les concentrations environnementales, des impacts ont été observés sur la mousse (diminution de la photosynthèse), la moule (effets sur l'ADN) et la truite (impacts liés à la reproduction).

Double mission : poissons sauvés et une eau de qualité

Pour l’instant, aucun effet notable n’a été scientifiquement prouvé sur la santé humaine. Les résultats d’une autre étude (IMHOTEP), également menée par notre laboratoire, montrent d’ailleurs que l’eau du robinet n'est absolument altérée par les résidus médicamenteux.

Si les premiers résultats du projet DIADeM permettent de mieux appréhender les effets écotoxiques sur quelques espèces, les impacts restent encore troubles …