Cet été nous a prévenus...

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Notre eau
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L'épisode 2026 a confirmé que les tensions risquent de se répéter d'un été à l'autre. Ressources en eau mises à rude épreuve pics de consommation récurrents,... Quels enseignements en tirer ? Où sommes-nous encore fragiles ? Et surtout, comment mieux anticiper les prochains étés pour assurer, demain, de l'eau pour tous... en toute circonstance ?

Après avoir raconté ce qui s’est passé cet été et comment les équipes de la SWDE ont fait face à la sécheresse, il est temps de regarder ce que cette période nous a appris. En Wallonie, habitants comme vacanciers n'ont jamais manqué d'eau au robinet. Mais cette apparente sérénité ne doit pas nous faire oublier que nous devons garder les manches retroussées pour préparer demain.

Plusieurs difficultés ont déjà leur solution

C’est sans doute l’une des bonnes nouvelles de cet après-sécheresse : les cinq points noirs qui ont nécessité le renfort de camions-citernes pour maintenir les réservoirs à niveau ne devraient bientôt plus être qu’un mauvais souvenir. Une bonne nouvelle pour les équipes, qui ont dû rester constamment sur le qui-vive, mais aussi pour les riverains, parfois gênés par le va-et-vient incessant des camions.

« Les endroits sous tension de cet été ne sont pas des surprises. Ce sont des zones que nous connaissons. Et nos équipes savent comment gérer le ravitaillement par camion. Mais la fin prochaine de plusieurs chantiers du schéma régional des ressources en eau va apporter une réponse durable et réduire drastiquement le recours aux transports d’eau », explique Thierry, Manager Exploitation de la Région Est.

Ainsi, parmi les satisfactions à venir dans un avenir très proche, on peut espérer que d’ici l’été 2027, les communes de Houffalize et de Vielsalm seront complètement sécurisées, même si, petit bémol, des camions citernes ont continué à tourner sans discontinuer tout au long de ce mois de septembre :

  • Vielsalm : la fin des travaux permettant une connexion de secours entre le réservoir de Laguespré et les eaux traitées du barrage de La Gileppe est annoncée pour mars 2027
  • Houffalize : la liaison entre le barrage de Nisramont et le réservoir de Darcy sera opérationnelle (prévision : fin novembre 2026)
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L'un des chantiers du Schéma régional des ressources en eau : la sécurisation de l'alimentation de Houffalize

Pour les trois autres communes de la SWDE pour lesquelles un appoint en camions-citernes s’est avéré nécessaire (Gesves, Spontin et Rochefort), c’est aussi en bonne voie. Demain, grâce aux interconnexions et aux nouvelles infrastructures prévues dans le Schéma régional des ressources en eau (SRRE), elles pourront demain s’appuyer sur d’autres parties du réseau lorsque l’eau viendra à manquer localement.

Tout a tenu... mais parfois de justesse

L'été a aussi révélé quelque chose de plus subtil. Certaines infrastructures ont tenu bon... parfois en étant très proche du point de bascule.

Des pompages ont ainsi atteint 97 ou 98 % de leur capacité maximale sans qu’aucune alerte ne soit déclenchée. La situation a tenu, mais il n’aurait pas fallu un excès soudain de consommation d’eau sans quoi la situation aurait pu devenir très vite compliquée. Même constat pour certains ouvrages de stockage ou certaines conduites qui ont rempli leur rôle cahin-caha.

« Nous savons déjà que certains ouvrages ont été davantage sollicités que d'habitude. L'enjeu maintenant est d'analyser les données pour identifier les endroits où nous sommes passés près de la limite sans forcément nous en rendre compte sur le moment », explique Matthieu, ingénieur développement et monitoring.

L'un des chantiers qui s'est ouvert après l'été vise justement à transformer le ressenti des équipes en connaissance objective. Les données issues de la télégestion, des compteurs et des outils de monitoring vont permettre de dresser une cartographie plus fine des zones sous tension. Pas seulement celles qui ont connu des difficultés visibles, mais aussi celles où une sécheresse plus longue ou un pic de consommation plus important aurait changé la donne.

Les données nous racontent aussi l'été

Cette analyse permettra aussi de mieux comprendre ce qui s’est passé lors des pics de consommation. Le 15 août en fournit déjà un bon exemple. Les données montrent une hausse de 44 % de la consommation par rapport à une période normale, avant une nette diminution après le retour de la pluie.

Ce qui est bien, c’est que les données correspondent au ressenti de nos collègues sur terrain. Le 15 août, ça a été vraiment un gros pic. On voit que les consommations ont quasi doublé avant de redescendre fortement après les pluies.

Matthieu
Matthieu, ingénieur Développement & Monitoring

Ce croisement entre les chiffres et ce que vivent les équipes sur le terrain va permettre d’aller beaucoup plus loin que le simple constat d’un pic de consommation. Quelles installations ont été particulièrement sollicitées ? Quels stockages ont été fortement mobilisés ? Où la demande a-t-elle le plus augmenté ? Et surtout, où avions-nous encore suffisamment de marge pour absorber cette hausse ?

Pour préparer l’avenir, il faudra regarder les deux côtés de l’équation : la quantité d’eau disponible, mais aussi la quantité d’eau demandée.

Tenir les niveaux à l'œil

Un autre enseignement de cet été concerne directement la surveillance de la ressource.

Certains barrages, puits et captages sont déjà équipés de sondes capables de détecter à temps une baisse anormale de niveau. Mais ce n’est pas encore le cas de la majorité des ouvrages.

L’idée est pourtant très concrète : disposer d’un signal suffisamment précoce pour pouvoir agir avant que la situation ne se dégrade.

Il faut vraiment développer le maillage de la surveillance des ouvrages. Pour que, en temps voulu, il puisse y avoir une petite alerte : “Oh là, le niveau est descendu trop bas.” On diminue le débit ou on peut descendre la pompe plus bas dans le puits

Louise
Louise, hydrogéologue - gestion de la ressource

Autrement dit, mieux surveiller pour pouvoir intervenir plus tôt. Et cette logique d’anticipation concerne aussi notre capacité à prévoir l’évolution de nos ressources en eau. Des travaux portent notamment sur des outils permettant d’obtenir des prévisions de l’évolution des niveaux des nappes en période de sécheresse, afin d’aider à décider des mesures à prendre dans les semaines suivantes.

Et puis, il y a ce que nous ne connaissons pas encore

L’été 2026 nous a enfin rappelé une chose essentielle : même avec beaucoup d’expérience, nous pouvons encore être confrontés à des phénomènes nouveaux. La géosmine apparue dans un bassin de la carrière alimentant le complexe de la Transhennuyère à Gaurain-Ramecroix en est un bon exemple. Ce composé peut donner un goût terreux à l’eau et a contribué à compliquer la gestion de la ressource dans cette zone.

Pour Thierry, l’épisode constitue aussi un avertissement :

La géosmine, c’est quelque chose que ceux qui sont présents aujourd’hui n’avaient jamais connu. Il va falloir s’adapter, trouver les moyens d’éviter que ça réapparaisse ou, en tout cas, de gérer au mieux les inconvénients de son apparition

Thierry
Thierry, Manager Exploitation zone Est

En conclusion : Terminer les chantiers déjà engagés, repérer les installations qui fonctionnent avec trop peu de marge, mieux surveiller nos ressources, apprendre à prévoir les pics de consommation et nous préparer à des phénomènes nouveaux : l’été 2026 nous a laissé une feuille de route assez concrète.

Mais toutes les réponses ne se construiront pas en quelques mois.

Pour préparer l’avenir de l’eau, il faut donc regarder plus loin que l’été prochain. C'est ce que nous ferons dans le prochain article de la série.